Dimanche 11 mai, c’est le grand jour tant attendu. Le départ de la Route du Louvre va être donné dans quelques heures. Je me sens bien, l’entrainement s’est bien passé, je suis confiant…

Oui mais voilà, la météo n’est pas spécialement au rendez-vous. Vous avez beau vous préparez à tout, concernant ce facteur ci vous ne pouvez rien faire. Voilà que météo France annonce un fort vent durant tout la journée, et pas un vent du Nord malheureusement.
Je me retrouve au départ de la course, avec quelques milliers de coureurs prêt à en découdre. Je suis détendu.

Le départ est donné, les premiers sont déjà loin quand je passe la ligne de départ, je commence par slalomer entre les coureurs pour ne pas perdre de vue la flamme des 3h45, mon objectif. Dans les premiers mètres je croise les Lapins Runners, un petit bonjour et juste à ce moment là je tombe sur Clément. On papote une minute, mais étant déjà pressé par le temps je laisse tout le monde derrière moi. Les premiers kilomètres sont toujours délicats, il y a toujours un truc à remettre, la ceinture, le t-shirt, on est pas encore vraiment dans le rythme. Il me faudra un ou deux kilomètres pour me sentir bien. Le meneur est devant moi, l’écart n’est pas important et il va se réduire petit à petit. Le meneur semble aller plus vite pour l’instant.

Les 5 premiers km sont parfait je suis toujours bien et confiant, rien à dire, je bois un peu et on quitte Lille pour la campagne. Le vent commence à se faire sentir mais pour l’instant il ne me gène pas trop, pour l’instant…
Arrivé vers 9km, je rejoins le meneur d’allure. Quelque part je me dis que c’est presque trop beau, presque trop lent et que je peux aller plus vite. Je double rapidement le peloton, confiant dans mes prétentions. Les 3h40 me semblent largement à ma portée. Un peu plus loin, je vois un visage qui ne m’est pas inconnu, 50m devant moi c’est DaddyTheBeat, je tente d’accélérer pour le rattraper mais il relance le bougre ! On ne se retrouvera que plus tard, par hasard en récupérant nos sacs.

Arrivé vers le 13ème km à Houplin, nous passons sur le canal, sur le chemin de hallage de droite. Le vent se fait toujours sentir, et même plus. Les arbres au bord nous protègent un peu. Des petits groupes se forment pour se protéger. Je vois une coureuse pas très grande coller aux basques de 2 grand gaillards, les petits gabarits auront un avantage certains aujourd’hui. Je reste sur un rythme élevé environ 5’10″ voir moins, cependant cela ne va pas durer, le vent nous freine et sans m’en rendre compte je lutte pour rester dans les clous de mon objectif. Ce passage est long et j’ai déjà hâte de passer au semi.

Arrivé au semi, je suis toujours en avance, je le passe en 1h50 environ. Je me dis que l’objectif peut être atteint, mais que les 3h40 ça va être difficile. Difficile c’est peu dire, en passant de l’autre côté du canal le vent se fait sentir encore plus fort. C’était déjà difficile, cela le devient encore plus, chaque kilomètre devient une lutte. Je perds énormément d’énergie, de temps et le moral est en train de faiblir aussi. Je commence à avoir une douleur dans le mollet droit, cela n’augure rien de très bon.

25ème km, premier coup de bâton.

Je me retourne et je vois le meneur des 3h45 juste derrière, mon avance à fondu comme neige au sahara. J’essaye de rester dans le rythme, je me fait passer. J’essaye de tenir, mais rien n’y fait, mon mollet me fait mal et le vent me gène. Ce vent, pas un petit vent, une douce brise, ou encore un souffle qui vous rafraîchît, non, un vent constant entre 65km/h et 80km/h et parfois plus en rafale. J’en ai déjà marre, marre de lutter, et ce mollet qui me fait mal, et cet objectif qui s’envole (c’est rien de le dire). Les 30km arrivent, un pont routier bien cassant, et je suis obligé de marcher, fatigué. J’essaye de me convaincre de continuer pour tenir au moins mon record personnel. Peu avant le ravito, je prends un stick Nutratletic dans ma poche arrière … rien, plus rien, ils sont tombés en cours de route. Je me rabats sur la St Yorre et du raisin sec, je marche. J’essaye de tenir le coup, courir et marcher un peu tout les kilomètres.

Et ce vent

Cela fait longtemps que je n’ai plis de plaisir, je ressasse mes entraînements passés, ma préparation, dure, j’en ai bavé. Intérieurement je peste, je râle, je ne sais pas quoi faire, je suis impuissant. Je suis obligé de marcher et de m’étirer. Les encouragements du public ne me font plus beaucoup d’effets. L’euphorie du début est bien loin.

Encore 8km, 8km de trop.

Et ce vent encore et encore.

Vers le 35ème, j’ai un pressentiment, je me dis que le meneur des 4h va pas tarder, bingo, moins de 10″ après il me double. Tenir le rythme, chose impossible en ce moment. Y’a pas à dire, autant entre un 10km et un semi la différence existe mais elle est finalement faible, autant entre un semi et un marathon il y a un monde. Je n’avais pas autant pris conscience de cela la première fois, là ça me saute aux yeux. Je suis encore obligé de m’arrêter sur le côté.

Vivement la fin, j’ai mal, plus le moral.

Les derniers kilomètres arrivent, et toutes les personnes ayant déjà participé à cette course le savent, ce sont les plus durs. Et cette année, bien plus. Du 37 au 39, nous sommes en plaine, plaine balayée par le vent. Les rafales nous obligent à nous courber, et parfois même j’ai l’impression d’être à l’arrêt. J’ai envie de tout balancer de crier, de pleurer. Entre le 38 et le 39, je vais même doubler quelqu’un qui court en marchant rapidement. Je vais encore m’arrêter pour m’étirer, je regarde souvent derrière pour ne pas me planter en plein milieu et gêner un concurrent.

La fin approche mais c’est long, l’objectif et le record personnel sont aux oubliettes.
Sur un rond point je vois Johan, je lui dis bonjour et que j’en ai marre, je suis carbonisé. Il me motive, et me dit de ne pas lâcher. Oui, ne pas lâcher, mais le cerveau ne réponds plus trop. Le vent, le vent et maintenant ça monte. La flamme rouge est comme une délivrance. Je suis au bout, au fond du trou. Un concurrent se porte à ma portée, il doit être autant grillé que moi, il m’encourage. Je tiens, je tiens. Il me dit qu’il a fait un Ironman il  y a 2 semaines et qu’il n’a plus de jambes depuis un bon moment.

La fin, enfin.

La fin, enfin.

500m

300m

200m
Mon fils, me rejoint en courant. On finit la main dans la main.
Dernière ligne droite, 4h08′.
Je passe enfin la ligne, je ne sais plus quoi penser. Etre heureux, je sais pas, frustré, non plus. Trop de tout, beaucoup trop.
Je prends Nils dans mes bras et l’embrasse, le prends dans mes bras. Il ne se rends pas compte que ce que l’on a tous enduré, son sourire me fait un bien fou (Ndr : j’ai encore du mal à écrire ces mots sans que cela ne me prenne à la gorge). Je prends ma médaille, marche 3 mètres et m’effondre. A genoux. Nils me demande si ça va, j’arrive pas à trouver les mots. Les sauveteurs de la Croix Rouge font de même, j’essaye de les rassurer sur mon état d’un geste.
Cela fait quelques minutes que je suis comme ça, prostré, les mains sur la tête, à genoux.

Je pleure.

 

 

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12 Responses


  1. izhonuNo Gravatar on 18 mai 2014

    Je te souhaite de prendre le temps de recuperer et de repartir. c est plus facile a dire qu a faire… mais quand tu rebondiras ce sera une double satisfaction !
    Bon courage

    • NicolasNo Gravatar on 18 mai 2014

      Merci. Les premiers instants étaient forts, je ne savais pas trop comment réagir. J’arrive maintenant à analyser et prendre du recul sur cette course, sans parler du vent j’ai mis le doigt sur quelques points défaillants et à améliorer et corriger. J’ai l’intention de courir cette course l’année prochaine et pourquoi pas faire un autre marathon cette année.

  2. CoptereNo Gravatar on 18 mai 2014

    Au bout de l’effort, au fond de soi, main dans la main avec son fiston … La victoire est là ! Bravo et merci pour ce récit plein de courage et d’obstination ;)
    Rendez-vous sur le prochain !

    • NicolasNo Gravatar on 20 mai 2014

      J’en menais pas large avec mon fils dans les bras. Je suis vraiment allé au bout et avec tous les efforts de la préparation et de la course les émotions ont pris le dessus. Je ne pensais pas craquer comme ça, c’est parti d’un coup.

  3. DaJoNo Gravatar on 19 mai 2014

    Beau récit et un passage que j’ai trouvé tellement vrai…
    « Y’a pas à dire, autant entre un 10km et un semi la différence existe mais elle est finalement faible, autant entre un semi et un marathon il y a un monde. Je n’avais pas autant pris conscience de cela la première fois, là ça me saute aux yeux »
    Bonne récup !

    • NicolasNo Gravatar on 20 mai 2014

      Merci !:)
      Je pense que j’étais aussi trop confiant, outre le vent, mon alimentation n’était pas optimum et peut-être aussi un choix de chaussure trop ambitieux. On apprends de ses erreurs :)

  4. Running SucksNo Gravatar on 19 mai 2014

    Hé bien …. Beaucoup d’émotions dans ce récit. Cette course a vraiment l’air infernale. L’an dernier déjà, elle avait fait des ravages chez pas mal de coureurs. Que veux-tu faire contre 65km/h de vent ? Je comprends la déception parce que c’est vraiment engageant de préparer un marathon. Bref, bonne récup’ à toi, tu vas vite rebondir à un nouvel objectif !

    • NicolasNo Gravatar on 20 mai 2014

      Merci beaucoup. Des objectifs j’en ai, reste à récupérer et s’entraîner pour. Ce marathon est difficile mais là il l’était encore plus avec ce foutu vent.

  5. Christophe L.No Gravatar on 19 mai 2014

    bravo pour le mental !
    C’est clair, un marathon c’est bien plus que 2 semi ;) …moi aussi je coince sur la distance. Mon dernier semi c’est super bien passé mais j’appréhende de retourner sur les 42…On l’aura un jour, on l’aura !

    • NicolasNo Gravatar on 20 mai 2014

      Merci, mais le mental était bien bas. Je suis déçu de ne pas avoir battu mon record, mais ce n’est que partie remise.

  6. Daddy The BeatNo Gravatar on 02 juin 2014

    J’ai adoré ton récit. Il se termine tout en émotions. Mais quelle galère ce marathon…. Rappelle-moi l’an prochain de me cacher derrière toi, t’es bien plus grand !
    T’es quand même allé au bout de l’épreuve ce qui prouve que t’as conservé le mental. Il en fallait plus que bon nombre marathons.
    Bon, sinon, merci pour le stick Nutratletic, je l’ai ramassé et je t’ai doublé ;-)
    Le KM30 et ce pont je ne vais pas les oublier. Le pont se trouve à l’endroit exact où tu chopes le mur. Dur.
    Et j’oubliais : j’ai couru le marathon à peu près à ton allure alors si tu m’as vu relancer c’était peut-être une des fois où je me suis arrêté pour aller faire le kéké avec des gens du public et que je voulais rattraper mon compagnon de route. C’est dommage car on aurait pu courir ensemble et s’entraider. La prochaine fois, ok ?

    • NicolasNo Gravatar on 02 juin 2014

      Merci :)
      Je reviendrais l’année prochaine ! Tu feras mon lièvre !
      Le KM30 je m’en souvient bien, trop bien même.
      J’ai un peu de mal à comparer avec d’autres courses, ce marathon a la réputation d’être difficile. Il faut que j’en fasse d’autres pour juger.
      Pour les sticks j’étais vert :) la prochaine fois je les mettrais dans une autre poche.


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